À l'écart des grandes routes, la chapelle rurale de Rouvres témoigne de la foi humble et fervente des laboureurs drouais face aux épidémies, aux sécheresses et aux vicissitudes de l'histoire beauceronne.
Il suffit parfois de quitter le ruban goudronné de la route départementale et d'emprunter un chemin bordé d'aubépines pour changer d'époque. À quelques encablures du bourg central de Rouvres, lovée dans un repli discret de terrain, se dresse la modeste chapelle Sainte-Geneviève. Avec ses moellons de grès ocre, sa toiture à double pan recouverte de tuiles plates du pays et son clocheton de charpente en bois de chêne, l'édifice résume à lui seul la poésie et la fragilité du petit patrimoine religieux de nos campagnes françaises.
La dévotion à sainte Geneviève, protectrice légendaire de Paris mais aussi patronne des bergers et des récoltes céréalières, trouve ses racines locales au milieu du quatorzième siècle. À cette époque tragique où la Grande Peste Noire ravageait le royaume de France et où les troupes anglaises et navarraises rançonnaient le comté de Dreux, les paysans de Rouvres décidèrent d'édifier un oratoire propitiatoire sur un terrain commun en bordure de ruisseau.
Les textes anciens des archives paroissiales de Chartres rapportent qu'une confrérie de charité fut fondée à Rouvres sous le vocable de la sainte en 1412. Chaque membre s'engageait à secourir les malades indigents, à ensevelir chrétiennement les défunts sans famille et à entretenir la lampe à huile qui brûlait perpétuellement devant la statue en pierre de la patronne.
« Quand le ciel de plomb refusait la pluie aux jeunes blés ou quand la fièvre rouge frappait les berceaux, le curé et les notables conduisaient la procession jusqu'à Sainte-Geneviève, pieds nus à travers la rosée du matin. »
Le calendrier villageois était jalonné de deux temps forts autour de la chapelle. Le premier intervenait lors de la fête de la Sainte-Geneviève, au cœur de l'hiver, le 3 janvier. Les fidèles s'y rassemblaient munis de torches de paille pour bénir le sel destiné au bétail, censé protéger les étables contre le redouté charbon bactérien.
Le second rendez-vous, beaucoup plus spectaculaire et joyeux, correspondait aux trois jours des Rogations, précédant l'Ascension au mois de mai. Le cortège partait de l'église Saint-Martin, bannières de soie brodée en tête, chantant les litanies des saints en marquant des pauses régulières aux croix de carrefour. Arrivé à la chapelle, le célébrant bénissait les quatre points cardinaux avec l'eau lustrale pour demander l'éloignement de la grêle et la fécondité des terres arables. La journée s'achevait par une collation partagée où le pain blanc et le cidre doux de Rouvres réconciliaient les familles en froid.
En 1793, sous la Terreur, le décret de vente des biens nationaux menaça directement l'existence de la chapelle. Déclarée bien aliénable au profit de la nation, elle faillit être adjugée à un carrier de Dreux pour servir de carrière de pierre à bâtir. C'est alors que se manifesta le courage héroïque des paysans de Rouvres.
Un groupe de sept laboureurs du hameau voisin mit en commun ses modestes économies en pièces d'argent pour surenchérir discrètement lors des enchères au district. Devenus légalement propriétaires de l'édifice, ils le transformèrent temporairement en grange à foin pour tromper les commissaires républicains de passage, tout en cachant la statue polychrome de la sainte dans le puits asséché d'une cour de ferme. Dès le rétablissement de la paix religieuse sous le Consulat, ils restituèrent solennellement la chapelle à la communauté villageoise par acte notarié désintéressé, sans réclamer un seul centime de dédommagement.
Avec l'exode rural d'après-guerre et la mécanisation massive de l'agriculture beauceronne, l'entretien régulier des petites chapelles s'est progressivement relâché. À la fin des années 1990, des tuiles cassées laissaient pénétrer les eaux pluviales au cœur de la charpente en chêne, menaçant d'effondrement la voûte lambrissée en plein cintre.
La création de notre association loi 1901 en 2022 a marqué le sursaut salutaire pour ce monument intime. Grâce au soutien de la municipalité de Rouvres, des artisans d'art locaux et de nos bénévoles, une première tranche d'urgence a permis de :
« L'ensemble des cotisations et adhésions est intégralement réinvesti dans les missions d'intérêt général de l'association. »
Aujourd'hui, la chapelle Sainte-Geneviève a retrouvé toute sa dignité. Elle n'est pas un musée mort mais un espace vivant de halte, de recueillement et de découverte culturelle. Chaque année, à l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine et lors de la fête champêtre de printemps, elle accueille des concerts de musique acoustique, des lectures poétiques et des expositions de photographies d'archives ouvertes à tous gratuitement.
Elle est également l'étape centrale du Sentier des Pèlerins (Circuit N° 2 de nos visites pédestres), offrant aux marcheurs une pause ombragée salutaire et un panorama apaisant sur les ondulations verdoyantes de la vallée drouaise.
Récit de la découverte inespérée de décors peints du treizième siècle.
L'art de la lumière Renaissance et la renaissance des verrières drouaises.
Vous souhaitez participer aux chantiers d'entretien réguliers des espaces verts et des murets entourant la chapelle Sainte-Geneviève ? Nous accueillons chaleureusement les bonnes volontés villageoises prêtes à donner quelques heures pour ce joyau rural.