De la baie axiale du chœur aux panneaux historiés du bas-côté sud, les vitraux de l'église Saint-Martin constituent un chef-d'œuvre méconnu de la peinture sur verre en Eure-et-Loir.
Entrer dans l'église Saint-Martin de Rouvres à l'heure où le soleil matinal transperce les baies orientées à l'est procure une émotion esthétique inoubliable. La pierre de liais grise s'irise soudain de rubis flamboyants, de saphirs profonds et d'ors chatoyants. Ce miracle de lumière, nous le devons au génie des maîtres verriers qui, du seizième siècle à l'aube du vingtième, ont fait chanter le verre pour raconter aux paroissiens la grande fresque de l'histoire sacrée.
Située au carrefour de la Beauce et de la Normandie, la paroisse de Rouvres a bénéficié dès les années 1530-1540 du rayonnement exceptionnel des corporations de peintres-verriers chartrains. La pièce maîtresse de cet ensemble est incontestablement la verrière de la Déploration (Baie axiale N° 0 du chœur).
Les historiens d'art qui ont ausculté le panneau soulignent la maturité stylistique de l'œuvre : influence flagrante de la Renaissance bellifontaine dans le traitement anatomique des corps, emploi virtuose de la grisaille brune foncée pour modeler les ombres et rehauts de jaune d'argent à base de sels métalliques cuits au grand feu. Les drapés des saintes femmes, traités avec des émaux colorés transparents, révèlent une liberté graphique et une inventivité chromatique comparables aux créations contemporaines des maîtres de la cathédrale de Chartres ou de l'église Saint-Père.
« Le vitrail médiéval et Renaissance n'est pas une simple fenêtre décorée : c'est un tableau théologique suspendu entre ciel et terre, dont chaque nuance change au gré des nuages et des saisons. »
Malgré la robustesse apparente des verres anciens teintés dans la masse par des oxydes de cuivre, de cobalt et de manganèse, les vitraux sont des organismes d'une extrême vulnérabilité physico-chimique. Exposés depuis près de cinq siècles aux assauts répétés des vents d'ouest de la plaine drouaise, les panneaux de Rouvres montraient des signes inquiétants de sénescence :
Dès 2023, notre association a engagé des pourparlers constructifs avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) et l'architecte des Bâtiments de France pour élaborer un cahier des charges de restauration exemplaire. Confiée à un atelier d'artisan verrier d'Eure-et-Loir labellisé Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV), l'intervention a obéi à des principes de réversibilité absolue :
Dépose délicate panneau par panneau à l'aide de ventouses de sécurité spéciales, numérotation rigoureuse sur calque au 1:1, nettoyage minutieux au moyen d'un mélange doux eau déminéralisée/alcool à 50% sans aucun produit abrasif, consolidation des pièces de verre fracturées par collage structural à la résine époxy optique transparente (indice de réfraction identique à celui du verre d'époque), et remise en plomb complète avec des plombs à chambre calibrée étanchés au mastic traditionnel à base d'huile de lin et de blanc de Meudon.
L'innovation majeure de ce programme réside dans la pose d'une double verrière extérieure de protection en verre feuilleté extra-clair neutre. Installée à fleur de maçonnerie extérieure à la place de l'ancien vitrail, cette barrière transparente encaisse l'énergie du vent, les chocs d'éventuels volatiles et les intempéries directes.
Le vitrail historique du seizième siècle est quant à lui réinstallé en retrait intérieur de quatre centimètres, dans un espace ventilé naturellement par l'air de la nef. Cette technique moderne d'isolation supprime définitivement les phénomènes de condensation acide sur les grisailles et garantit la conservation pérenne de l'œuvre pour les deux prochains siècles.
« L'ensemble des cotisations et adhésions est intégralement réinvesti dans les missions d'intérêt général de l'association. »
Fidèle à sa vocation d'éducation populaire, notre association a profité de ce chantier pour organiser des séances d'initiation gratuites à destination des élèves des écoles de Rouvres et des familles curieuses. L'artisan maître verrier est venu présenter sur place les outils séculaires du métier : le fer à souder, le coupe-verre à roulette de carbure, le couteau à plomb et les échantillons de verres soufflés à la bouche à la façon de Saint-Just.
Chaque enfant a pu toucher les matières brutes, comprendre le trajet de la lumière et s'émerveiller devant la précision mathématique exigée pour faire coïncider des centaines de fragments de verre au millimètre près. C'est ainsi que se forge, dès le plus jeune âge, le respect admiratif des créations du passé.
Récit de la découverte inespérée de décors peints du treizième siècle.
Processions, rogations et sauvetage d'un oratoire champêtre par ses paysans.
Si la baie d'axe est aujourd'hui sauvée, les verrières latérales du collatéral nécessitent une consolidation urgente de leurs barlotières métalliques oxydées. Votre adhésion bénévole ou votre don à notre association loi 1901 accélère concrètement la mise en sécurité de ces œuvres d'art.
Rappelons que chaque euro confié à l'association fait l'objet d'un reçu fiscal ouvrant droit à 66% de réduction d'impôt sur le revenu dans le cadre du mécénat patrimonial républicain.